mardi 30 novembre 2010

Patagonia

Départ de Buenos Aires sur les vols intérieurs. Juste à coté de mon départ il y a un départ pour Ushuaia la dernière ville avant le cap Horn. Je sens que je suis vraiment loin. La solitude renforce se sentiment car ça fait quasiment 4 jours que je n’ai parlé à personne a part quelques formules alimentaires et une invitation à un tango. Ma destination Bariloche. Je n’ai aucune idée de ce à quoi ça ressemble. J’aime cette idée du saut dans l’inconnu. Durant le vol je suis collé au hublot. Des immenses territoires sans arbres ou forêts quadrillés par des pistes rectilignes se coupants à angle droit. Des lacs de sel tout blanc ou rouge pour l’un d’entre eux. Une rivière, quelque verdure et une ville.  Puis c’est l’arrivée à Bariloche, le pilote fait une approche à vue comme avec mon planeur…J’adore. A la descente, je comprends que je ne suis plus sous le même climat 10°C !! Pourtant, c’est comme si nous étions à la hauteur de Naples mais dans l’hémisphère sud. A la sortie de l’aéroport je suis scotché par la beauté des paysages ! Pour le reste, les photos parlent d’elles mêmes !...Mes amis pilotes planeurs sauront lire dans le ciel ce que racontent les nuages de mes prochains vols...





dimanche 28 novembre 2010

Un dimanche tranquille à Buenos Aires









MILONGA

Ce soir c’est parti je vais danser un tango. J’angoisse un peu. Est ce que vais arriver ? Il faut attendre car le Milonga de las Morachas n’ouvre qu’a 22H30. Heureusement il y a un concert ; la Traviata de Verdi , place de l’obélisque juste devant l’hôtel. Une immense estrade et toute l’avenue transformée en salle en spectacle. 1000 spectateurs avec Daniel Barenboim comme chef d’orchestre. Hélas de ma fenêtre je ne vois pas scène. Mais j’entends parfaitement l’orchestre. Alors je regarde le spectacle à la télé assis prêt de la fenêtre. Génial ! Le concert se termine, il est temps de rejoindre la piste de danse qui est à 10 minutes à pied. J’ai un peu de mal à trouver l’entrée. C’est une porte quelconque sans enseigne particulière dans une rue obscure. Je monte l’escalier qui ressemble à celui d’une quelconque maison. La déco de la salle est surannée. Moyenne d’âge entre 40 et 70 ans. Que des habitués qui se saluent et s’embrassent. Beaucoup de femmes sont assises en attendant qu’on les invite. On m’a expliqué qu’il y a des codes à respecter. Je décide donc d’observer. Je comprends en regardant les danseurs que le niveau est très élevé. Pas un niveau de concours de danse, mais celui des afficionados. Les femmes assises fredonnent les chansons. Des dizaines d‘années d’expérience tournent de concert. Je sympathise avec un gringo au nez cassé au bar. Je lui explique ma situation. Il me dit que ça va être difficile. Puis je m’adresse à une femme sur ma droite qui me dit que c’est impossible si je suis juste débutant. Une femme d’un certain âge parlant parfaitement français me confirme les points de vue précédent. Je suis au pied de l’Himalaya en paire de tongues ! Ces femmes sont des formules 1 du tango qui ne se laissent conduire que par des pilotes de course  et je viens juste de passer mon permis. Mais bon, je viens de France, je suis à Buenos Aires. Je décide d’attendre l’opportunité en buvant une bière au bar tranquillement. En gros, les femmes sont groupées d’un coté de la salle, un harem attendant le prince charmant. Les robes sont moulantes sur des rondeurs d’odalisque. Les talons  sont hauts, très hauts. Un rapide coup d’œil échangé et la femme rejoint son cavalier sur la piste. Elle se met bien en face. Elle se colle à lui. Elle installe consciencieusement son avant bras sur l’épaule de l’homme. Elle ferme les yeux et cambre les reins. Un imperceptible mouvement de balancier et c’est parti. Les talons se croisent et virevoltent.  Entre deux morceaux les danseurs s’arrêtent et chacun discute avec sa partenaire en prenant légèrement ses distances. Car on ne parle pas durant la danse. Je me sens bien à regarder ces couples. Je sympathise avec un autre grigo qui me parle en espagnol. La musique s’arrête. C’est un rock. J’invite una Chicas qui accepte puis refuse de danser un rock. Mon compagnon de bar m’explique que ici les autres musique ce n’est pas pour danser c’est juste pour ce reposer entre deux tangos.  Ce n’est pas gagné ! Je ne vais pas repartir sans danser. Je cherche des yeux une partenaire potentielle en évitant d’insister pour ne par me trouver face à une invitation formelle. Je repère une femme à l’allure d’étudiante. Je m’approche et lui demande si elle parle anglais. Ouf ! elle maitrise l’idiome de Shakespeare. Elle accepte de danser en me demandant si je peux danser sur ce morceau car c’est un « melonga ». Ah si en plus il y a des nuances dans le tango ! On se retrouve sur la piste. Ce n’est pas vraiment un tango mais ça pourrait y ressembler. La fille est compréhensive. Je n’ose pas lui proposer une deuxième danse. Voila c’est fait, j’ai dansé à Buenos Aires. J’ai cru que je n’y arriverai pas. Un ami me disait que le tango c’est une drogue dur. Je suis accro !

samedi 27 novembre 2010

Mi Buenos Aires querido

J’y suis c’est incroyable la chance que j’ai ! Buenos Aires, c’est le lointain des années trente. Une douceur de vivre. Un port de rencontres et d’aventures. C’est aussi la porte d’un pays immense. C’est le printemps les arbres sont en fleurs, mais il fait une chaleur de plein été. Buenos Aires est une osmose d’indiens et de blancs, de révolution et de catholicisme, d’architectures de  tous style et de toutes époques,…C’est aussi des gens avec des gueules. Des petits métiers où l’on se bat pour survivre à la misère avec honneur. C’est l’élégance des petits kiosques de fleurs au coin des rues. Cette ville a une âme digne, fougueuse et mélancolique. On s’y sent bien.

départ en danseuse...

Ca a commencé à Saint Maur en fossés dans un appartement en cours d’aménagement. Un enfant dans les bras de sa mère qui souriait à l’entrée. Un beau parquet. J’ai enlevé mes chaussures. Il m’a pris dans ses bras. Qu’est-ce que je fais là à être tenu par un homme. Je dois faire taire mon hétérosexualité virulente. Il est professeur de tango, argentin. Il roule les « r » avec un accent qui sent bon l’Amérique du sud. Je comprends que mon voyage a déjà commencé.. Après demain je serai à Buenos Aires. Comment imaginer ne pas y danser un tango ? Ce serait comme aller à Saint Petersbourg sans lire Pouchkine ou à Milan sans aller écouter Verdi à l’Opéra.
Le tango c’est un déséquilibre retenu et délicat entre l’homme et la femme. C’est danser sur  une ligne de crête. C’est partager un même corps. L’équilibre vient du haut, les pieds ne font que suivre. C’est subtil et sensuel comme le vol. Je dois comprendre avec mes tripes et ne retenir que les quelques pas qui me permettront d’inviter une chiquita aux longs cheveux brun et au regard de braise. Il faut aussi comprendre les codes. Comment inviter d’un regard. Comment danser en suivant les murs. Quelle folie que de tenter d’apprendre en si peu de temps ! Mais comment faire autrement ?
Images du tango dans les rues de Buenos Aires

Rêve de vol et de tango

Ce soir la musique se fait lancinante. L’accordéon pleure et vibre. Le tango enivre. Je ferme les yeux. Je suis Saint-Exupéry survolant la Patagonie, Je vole en remontant de la péninsule de Valdez vers Buenos-Aires pour ouvrir les lignes de l’aéropostale. J’ai poussé plus au sud juste pour voir. Libre et heureux. Tout à l’heure j’ai survolé à quelques mètres un berger avec ses moutons au milieu de ce paysage infini et minéral. Les Andes se dressent devant moi personne ne m’attend nulle part. Il fait nuit maintenant, je marche dans les ruelles d’un quartier glauque de Buenos Aires. Comme tous les pilotes de la postale j’ai mes habitudes dans les bordels de la ville. Les filles m’interpellent sur le trottoir. Je rentre dans une gargote enfumée, l’accordéon continue de pleurer. Je m’installe au bar crasseux. Le patron, un belge échoué là par je ne sais quel méandre d’une vie tortueuse, sans rien me demander me sert une Téquila. Assis sur mon tabouret, je fume la tête abrutie par l’alcool et la fatigue du vol. Je fais tourner le liquide de mon verre pour mesurer le néant. Une main de femme vient me caresser les cheveux derrière la nuque. Je me redresse. Abandonne ma cigarette au cendrier. Je glisse ma main au bas de son dos. Juste à cet endroit où le désir des femmes vibre. Je l’attire vers moi et me colle à Elle. L’accordéon scande son désespoir. Nos jambes se croisent. Nos mains s’accrochent pour ne pas se perdre. Les gens, les tables, le bruit tournent autour de nous. Nos talons glissent sur le parquet. Je partage son désir et son abandon dans le mouvement de nos corps. Le tango triste et sensuel arrête le temps.